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Les critères ESG, une évolution nécessaire, pas une disparition
30 juillet 2025 5 Minute Read
Le contexte actuel est délicat pour les facteurs ESG.
Lors d’une récente intervention devant le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDC), Paul Morassutti, président du conseil d’administration de CBRE Canada, a souligné que les initiatives liées au développement durable suscitent désormais des controverses politiques et qu’il devient de plus en plus ardu de concilier les objectifs à long terme avec les contraintes immédiates.
Cependant, cela ne signifie pas pour autant la disparition des démarches ESG.
« Il n’y a pas si longtemps, beaucoup annonçaient la fin du secteur du commerce de détail, puis ce fut au tour du marché des bureaux, et aujourd’hui, les initiatives ESG, ou du moins leur version simplifiée, sont elles aussi perçues par beaucoup comme dépassées, voire éteintes », a expliqué Paul Morassutti.
Il juge cette perception trop sommaire, au même titre que celles entourant le commerce de détail ou les bureaux, et rappelle que la trajectoire à long terme des enjeux majeurs liés à la durabilité ne sera pas profondément modifiée, bien qu’elle soit sujette à des évolutions et parfois des retournements temporaires.
« Cela fait partie du processus », ajoute-t-il.
La nature ignore la politique
Au milieu des bouleversements et des incertitudes de ces dernières années, une constante demeure, a insisté Paul Morassutti : « La nature se moque de nos querelles politiques ou de nos difficultés économiques. »
Il a rappelé que 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne mondiale excédant de 1,55 °C celle de l’ère préindustrielle. « Le record précédent datait de l’année précédente », précise-t-il.
« Les océans continuent de se réchauffer, le niveau des mers ne cesse de monter. Les zones gelées de la planète fondent à un rythme alarmant. Les glaciers reculent. Parallèlement, les événements climatiques extrêmes provoquent des dégâts majeurs partout dans le monde. »
Il revient également sur une expression créée il y a quelques années par l’actuel Premier ministre Mark Carney : « la tragédie de l’horizon ». Celle-ci illustre comment l’orientation à court terme des systèmes financiers et politiques freine les actions nécessaires face aux risques à long terme, notamment le dérèglement climatique.
« S’il est évident que le balancier a basculé en faveur de la durabilité, le soutien à cette dernière demeure néanmoins fort à l’échelle planétaire », insiste Paul Morassutti.
Une prise de conscience du carbone incorporé
On interroge fréquemment Paul Morassutti sur l’avantage réel qu’apporte une démarche écologique aux propriétaires et bailleurs du secteur de l’immobilier commercial.
« Selon moi, adopter une stratégie durable relève davantage de la gestion des risques et de la garantie de la compétitivité d’un actif dans la durée que de la recherche d’une plus-value tangible », répond-il.
Au-delà de l’efficacité énergétique et de la décarbonisation, il estime que la sensibilisation au carbone incorporé est essentielle pour l’immobilier.
Par exemple, Hines a déjà réalisé ou lancé la construction de 27 immeubles de bureaux en bois massif, dont deux à Toronto. Prologis a récemment achevé le premier centre de distribution en bois massif de cette même ville.
« Si le secteur veut réellement progresser vers la neutralité carbone, il faudra intégrer le carbone dans l’équation », souligne Paul Morassutti.
Un balancier qui reviendra
Pour conclure son intervention, Paul Morassutti s’est montré optimiste, affirmant devant l’auditoire du CBDC qu’il était convaincu que le balancier finirait par osciller à nouveau en faveur de la durabilité.
« À court terme, les débats autour de l’ESG vont se poursuivre, mais cela ressemblera probablement plus à un spectacle secondaire qu’à une dynamique pérenne. »
« Le principal frein à une adoption plus large des mesures durables demeure la forte pression financière qui pèse aujourd’hui sur la plupart des entreprises et des ménages, combinée à une incertitude persistante quant à l’évolution de l’économie. »
« Et pendant que nous débattons, la nature suit son cours, conclut Paul Morassutti. Si l’on observe la gravité des risques mondiaux pour la prochaine décennie, le tableau est plutôt sombre. Nous ferions bien de commencer à y prêter une attention sérieuse. »
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